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Être et liberté

Être libre… C’est être quoi ?

Se donner le pouvoir d’être soi-même ? Tenter de devenir ce que nous sommes réellement ? Etre capable de déterminer ce que nous sommes, de nous déterminer et pouvoir enfin nous situer dans le monde et conséquemment se donner le pouvoir d’agir en conformité avec soi- même ?
Gagner sa liberté c’est en tout cas pas, et de loin, ne rien faire.

Pour franchir une porte il faut avoir le courage de l’ouvrir. C’est ce que nous avons tenté de faire jusqu’à maintenant en nous laissant guider non pas par le raisonnement mais en essayant de laisser l’être s’exprimer. Nous irons là ou il doit nous mener. Et le raisonnement n’est que l’outil pour exprimer ce cheminement.

Car c’est la vie en général qui ouvre le chemin. C’est le ruisseau qui devient support de réflexion. C’est l’arbre qui nous parle en silence du haut de sa prestance et avec son langage de feuilles bruissantes au vent. Ce sont les nuages qui écrivent dans le ciel en décrivant des arabesques de coton… Ce sont encore les filets de pluie tombant du ciel qui chantent et gorgent la terre d’eau ou ces flancs de rochers immenses qui surgissent de la terre, s’arrachent vers le ciel et nous rappellent à notre dimension humaine…. C'est la pleine lune qui se reflète dans la rivière et murmure un instant de pur bonheur en nous absorbant dans une contemplation muette ou quelque chose se passe en nous. Comme si, par magie, quelque chose en nous s’éveillait en nous plongeant dans un moment de simple et profonde communion avec le monde.

Sur la cime des arbres, une lune accrochée au ciel, et derrière elle, ces points de lumières qui trouent le voile noir du ciel. Rien de bien nouveau sur la terre, un paysage qui n’a de cesse de se répéter pour l’œil. Mais derrière l’œil peut se passer quelque chose qui transcende le monde visible…

C’est également un bonheur que de découvrir la nature se réveiller au printemps, de découvrir ses éclosions de couleurs et ses senteurs multiples.

Contempler et participer aux rythmes de la nature est éminemment reposant et instructif. Elle permet de découvrir et comprendre cette unité qui existe entre soi et le monde.
Nous qui pensions trop souvent être différent les uns des autres, c’est la nature et ses cycles qui nous rappelle notre identité commune. Elle nous rappelle immanquablement une Origine commune, un lien de parenté très profond avec elle qui résiste au temps…

Etre à l’écoute, être réceptif aux choses et aux êtres qui nous entourent. Devenir disponible et ouvert… Est-ce possible, si oui, comment ?
Il semblerait que ce soit le monde qui nous prête des indices et nous suggère le chemin…

Pour apprendre à jouer avec un instrument de musique et pouvoir s’exprimer pleinement sans entrave, il faut apprendre la maitrise des lois qui régissent cet instrument. Cela permet de se libérer des contraintes de l’instrument et permet une libre expression. De même, si l’on prend l’exemple d’un instrument à corde, pour qu’une corde puisse vibrer, elle doit avoir une certaine tension, faute de quoi elle ne fera que rebondir mollement dans l’air en n’émettant aucun son.

Et si la liberté c’était simplement tendre son arc intérieur afin de pouvoir lancer sa volonté au-delà de soi-même et l’exprimer dans le monde ? Si être libre c’était se donner le pouvoir d’agir en conformité avec soi-même, de ses propres lois qui ne sont pas si éloignées de celles du monde, en fait ?
Il serait en tout cas malheureux, de passer notre vie comme un étranger dans notre propre corps.

Toute cette réflexion force un passage presque évident vers nous-mêmes. Passage indispensable et fondamental. Il nous montre un chemin vers un centre, notre propre centre…

Ce centre n’a rien d’égocentrique. Ce n’est ni une faiblesse, ni un passe-temps ou un passage vers un état supérieur. Au contraire ce passage vers le centre rend plus solidaire, humanise avec bon sens…
Ce n’est pas qu’un centre au sens physique des choses. C’est également un centre psychologique. C’est le centre à partir duquel les choses se déploient et en même temps convergent. Car c’est à partir de ce centre que le monde est déterminé et se détermine…
Le passage vers ce centre c’est avant tout se donner le pouvoir d’agir pleinement en conformité avec soi-même. C’est plonger son regard en soi-même.

Il y a en cette démarche un profond respect pour soi-même et pour le monde parce qu’en fin de compte nous ne sommes pas si différents des autres, malgré les apparences…

Alors vient cet instant ou juger devient inutile. On se met alors en chemin. Et dans le silence de notre courage on quitte les mots qui se contredisent trop souvent, et on emprunte la route avec son bâton de Pèlerin… On commence à marcher, tout simplement…

Et pareil au fleuve qui suit, inlassablement, son cours en contournant et absorbant les obstacles, l'homme ne pourrait-il pas suivre le cours de sa vie avec simplicité et naturel ?
Et pour cela ne suffirait-il pas de faire le choix d’être pour simplement être ?

« Connais-toi toi-même, et tu connaîtras l’Univers et les Dieux ».

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